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Les Français de Rauma

Quand deux Français se rencontrent pour la première fois, ils ne se disent pas : « tu fais quoi dans la vie ? », mais directement : « tu travailles dans quel service ? ». Sauf de rares exceptions, tout le monde travaille pour l’EPR en construction à Olkiluoto (OL3 de son petit nom). Selon les chiffres de l’ambassade (attention, article documenté), 163 sont inscrits sur liste électorale. C’est dire l’ambiance de village qui règne ici, même si ce chiffre doit être loin de la réalité. J’aime bien catégoriser les choses, les Français ici n’y échapperont pas.

Il y a deux grandes équipes : la catégorie de ceux qui viennent d’arriver, appelons-les les novices ; et ceux qui sont là depuis plusieurs années, disons les chevronnés. Au bout de 6 mois passés ici, je suis toujours dans le groupe des nouveaux : ceux qui posent des questions sur les groupes WhatsApp : « c’est quoi les horaires du marché ?», « qui me refile son coin à champignons ? », ceux qui sont encore un peu perdus, qui achètent des trucs à ceux qui repartent.

14,50€ la bouteille de Beaujolais Nouveau, mais vous ne seriez pas un peu en train de vous foutre de ma gueule là?

L’autre catégorie, les chevronnés, se divisent en sous-catégories : ceux qui sont heureux d’être là, qui ne savent pas s’ils vont retourner en France un jour, voire ceux qui se sont à moitié transformés en Finlandais (enfants scolarisés dans le système finlandais, bilinguisme…). Ceux-là te disent, plein d’optimisme : « l’hiver n’est pas si différent qu’en France. Le soleil se couche vers 15h, mais il fait encore un peu jour après, et puis avec la neige qui reflète la lumière, il ne fait pas si sombre. ». Mais quand tu viens d’arriver et que tu as le malheur de tomber sur un expat sur la fin de son séjour (l’autre sous-catégorie) et qui te dit d’emblée : « Plutôt crever que de faire un quatrième hiver ici ! Dépêche-toi de te faire des amis sinon tu vas sombrer dans une atroce dépression ! » Heureusement, ceux-là disparaissent assez vite de la circulation. Je préfère de loin les optimistes, heureux d’être là, jamais avares de partager leur savoir sur la ville de Rauma et leurs bons plans (« c’est la french week chez Lidl, y’a du saucisson et du morbier ! » Hystérie collective, 54 messages sur WhatsApp en moins de 2 minutes.).

La semaine, je côtoie des mamans du groupe des chevronnés optimistes. Je les ai rencontrées au parc. Maintenant, on se voit plutôt pour des dejs ou des goûters car il fait un peu plus frais (façon optimiste de dire ça caille sévère). Celles qui n’ont pas de bébés à la maison sont enceintes, ou vont bientôt l’être, et récupèrent les aînés vers 15h à l’école pour les emmener au dessin, à la gym, à la musique et (pas ou) au patin. Elles trouvent quand même le temps de faire des gâteaux, du tricot, du sport, les courses, et d’arriver maquillées et coiffées pour un café du matin, là où moi je suis encore à moitié en pyjama avec une petite tâche de vomi sur l’épaule gauche sur ma polaire Quechua informe, le cheveu qui n’a pas vu une bouteille de shampoing depuis quelques temps. C’est à partir de 1 an que les enfants peuvent être pris en charge à la crèche, mais certaines gardent leurs enfants à la maison bien au-delà volontairement. Moi je ne cracherai pas sur une place au moins à mi-temps pour ma fille de 5 mois.

Le weekend, nous côtoyons plutôt un autre groupe de novices comme nous, arrivés il y a

Chaud pour un sauna ce soir?

moins d’un an. Je voyais bien que nous étions un peu plus âgés qu’eux : nous sommes les seuls avec des rides et des enfants. Je pensais que nous avions 5 ans, 7 ans d’écart maximum. Je découvre au fur et à mesure que c’est plutôt 10-12 ans…On ne se voit pas vieillir c’est fou. Ils sont suffisamment polis pour ne pas nous le faire remarquer et nous inviter à certains de leurs weekends et soirées, même avec notre full package : les enfants. Leurs points cardinaux dans la ville, ce sont les bars (« j’habite à côté du Street bar », là où je dirai plus naturellement : « j’habite à côté du parc où il y a le tourniquet à pédales »), et jouissent d’une grande liberté qui leur a permis d’écumer tous les festivals d’Europe cet été, et de partir sur un coup de tête un weekend sur deux à Helsinki, Stockholm ou même en France, et surtout d’aller au sauna 3 fois par semaine. C’est un peu comme s’ils étaient en Erasmus, mais avec beaucoup plus de pognon et une voiture à disposition, le rê

ve.


Et on porte tous des bérets basques! C'est plus facile pour se reconnaître dans la rue.

Que ce soit chez les chevronnés ou les novices, à Rauma, Quebec, ou la Havane, une obsession semble tous nous regrouper : la bouffe, et grasse de préférence. Nos discussions sont animées par des envies de tartiflette, ou comment habilement remplacer les haricots du cassoulet par d’autres trucs qu’on trouve ici, ou encore le scandale du Rustique à 4,50 € au Prisma. Je vous laisse sur cette belle ouverture, je vais essayer de me procurer un appareil à raclette pour les longues soirées d’hiver.

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