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Pédaler dans la neige

La France a traversé récemment un épisode de froid intense.

Non, je ne vais pas de moquer comme dans la vidéo du québécois qui hurle de rire en regardant le JT lors d’un précédent épisode de grand froid, même si effectivement ça fait un peu bizarre vu d’ici d’imaginer une route bloquée pour 2cm de neige.

La Finlande des cartes postales, enfin!

J’ai bien changé depuis que j’habite ici, et en particulier depuis Noël dernier. C’est précisément le dernier jour où nous avons vu autre chose que du blanc partout. Je me surprends à dire des phrases comme : « ah ça va, il fait bon aujourd’hui, il fait -6° » avec une légère sensation de chaleur en allant dehors.

Il faut dire que cet hiver est absolument magique comparé à celui de l’an dernier. Des patinoires ont poussé aux quatre coins de la ville, on s’échange les bons spots de luges sur Facebook (la ville est plate), et surtout, je n’y croyais plus, on se promène sur la mer ! C’est même l’endroit où on croise le plus de gens à Rauma. A pied, ski, patin, vélo, quad ou camionnette, l’endroit est irréel.

Un soir, au coucher du soleil (non, pas à 14h... à 17h !), j’ai pédalé pendant 6 km en direction du large.

Je continue à utiliser mon vélo quotidiennement pendant l’hiver. Nous sommes évidemment moins nombreux à pédaler, mais il reste quand même les collégiens, les lycéens, les marginaux et moi. Les trois premières catégories sont sur des vélos normaux, jeans normaux (à trous donc) et continuent à utiliser leur téléphone en pédalant, sans gants, malgré la poudreuse. Moi, j’ai mon casque, mon gilet jaune, des clous sur mes pneus et une batterie qui pédale à ma place. Pour être honnête, la plupart du temps, la neige et le froid ne font pas grande différence par rapport à d’habitude. Une armée de chasse-neige déblayent les routes et les pistes cyclables plusieurs fois par jour. Exit le sel, ça ne servirait à rien ici. A la place, ils tassent bien la neige et étalent des gravillons.


Il y a quand même des jours où j’ai clairement l’impression d’être dans la formidable émission « les chemins de l’école ». Je ne sais pas si vous vous souvenez, c’était des reportages sur des gamins hauts comme 3 pommes qui parcouraient tous les matins 60 km pieds nus sur des ponts de singe bringuebalant au-dessus d’une rivière infestée de crocodiles à 5600 mètres d’altitude en portant leur sœur de 18 mois sur les épaules pour aller à l’école. Bah là, c’est pareil. Pour un trajet qui dure 6 minutes l’été, j’ai parfois mis plus de 45mn. Je dois commencer par habiller mes deux filles avec sous-combis, combis, gants, bonnet etc…ça prend déjà à peu près 15 minutes. Négocier pour qu’elles montent dans la charrette et attachent leurs ceintures (5mn), rouler dans 20 cm de neige fraîche sans déraper, ou pire, dans 5 cm de neige-soupe LE jour où il a fait chaud (+2°) (20/25mn), détacher les princesses, les emmener à l’école, les déshabiller tout en gardant moi-même ma tenue de grand froid à l’intérieure de la crèche, avec en prime de la buée dans les lunettes à cause du masque, lui-même humide parce qu’à -20, la goutte au nez est inévitable (10mn).

Parfois, je dois faire des petits détours car les chasse-neige ont créé des petites montagnes au milieu de la ville. La neige, si rare l’hiver dernier, devient un déchet. J’ai lu dans les journaux qu’on avait pour obligation de déneiger devant chez soi, et qu’on était prié de mettre son tas de neige dans une décharge spéciale et non dans le jardin du voisin. Les pages bien-être des magazines expliquent comment bien manier la pelle à neige pour faire son fitness pendant cette corvée. Chez nous, c’est le grand luxe, notre proprio missionne une société privée pour faire ce boulot.


Petite note poétique pour finir : ces longs mois dans le blanc m’ont donné l’occasion d’observer longuement les flocons de neige et leurs infinies variations selon la température extérieure. En voici deux exemples que je trouve sublimes.


Le variant : il fait -15°, et on ne sait pas d'où ils viennent puisque le ciel est bleu, mais de délicats flocons tombent tels des étoiles sur ma selle de vélo.


Le variant : il y a eu un blizzard sa mère toute la nuit, les flocons se sont plantés là tels des étoiles de ninja et ne sont pas près d'en sortir..

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